icebergs en derive dans la lagune glaciaire de Jokulsarlon

Carnet de voyage n°1 – Jokulsarlon

10 mars 2015
Lors de mon voyage en Islande en 2014, j’ai saisi l’opportunité de passer une journée et une nuit aux abords de la lagune glaciaire de Jokulsarlon. Cet article pour vous faire part de la plus belle « expérience nature » que j’ai pu réaliser dans ma vie. Après cette aventure, je me disais que l’Islande ne pouvait plus me surprendre mais c’était sans savoir ce qui allait encore m’attendre.

Nous sommes le matin du 12 septembre, Jake m’a quitté hier car il devait interviewer un auteur américain résidant à Borganes. Après une grosse semaine passée en sa compagnie sur le sentier du Laugavegur et à visiter le sud de l’Islande, je me retrouve seul dans le sud-est. Je suis loin de Reykjavík, loin de ses pubs chaleureux et loin des hot-dogs dont on se goinfre au retour de soirée au Bæjarins beztu pylsur, qualifié de meilleur stand de hot-dogs d’Europe par le Guardian et fréquenté notamment par Bill Clinton. Non, ici je suis au milieu de nulle part, dans le parc naturel de Skaftafell où le confort se résume à des saucisses d’agneau fumées retrouvées dans le fond de mon sac et une bière sans alcool achetée sur la route numéro une dans le dernier semblant de ville au nom imprononçable se trouvant sur mon chemin.

Il pleut depuis hier soir et je profite donc de la matinée pour redéfinir un peu mon planning des prochains jours. Je camperai ce soir à Höfn et y ferai le plein de nourriture mais, avant ça, je me dois de faire étape à la lagune glaciaire de Jokulsarlon : une halte incontournable ! La pluie s’arrête aux alentours de midi, je refais vite mon sac histoire de ne pas me retaper une averse pendant le rangement de la tente. Je lève mon pouce et très rapidement des touristes allemands m’embarquent à bord de leur van. C’est toujours sympa de tomber sur des voyageurs, les mecs s’arrêtent un peu partout. En plus, il ne pleut plus.

J’arrive finalement à la lagune dans l’après-midi et il recommence à pleuvoir ! Il y a un cabanon pour se restaurer, j’avale un café, un carrot cake et un gâteau aux noix avant de faire sécher toutes mes affaires à l’aide du sèche-mains des toilettes en espérant que la météo passe au sec juste après, et c’est le cas ! Je change à nouveau mes plans, j’ai pris du retard sur la route avec les Allemands, je planterai donc ma tente à proximité du glacier et je pourrai me balader tranquillement et profiter de la lagune comme il se doit.

Je sors, il fait gris mais sec. Je reste un peu à l’endroit où les icebergs vont se perdre dans l’océan et décide de m’aventurer vers le fond de la lagune en marchant sur la rive jusqu’à un endroit où camper. Au fur et à mesure que je marche, le vent se lève et les nuages se dispersent rapidement en altitude ; seuls quelques nuages bas filent à toute vitesse et les lumières deviennent vraiment intéressantes mais sont difficiles à saisir vu leur furtivité. C’est magnifique, le soleil vient frapper l’eau et les icebergs et les transperce pour leur conférer un bleu glacier intense. Le vent m’oblige à lester mon trépied et je fais office de paravent afin que mon reflex soit à moitié stable. Avant la fin du jour, je plante ma tente à l’abri derrière une colline d’où je parviens encore à admirer le glacier et je soupe d’un bon plat de lentilles au poisson séché et au curry.

Le soleil se couche et je me remets en route pour ma balade du soir. À mesure que la nuit tombe, le vent faiblit et la lune, à laquelle il ne manque qu’une infime partie pour être pleine, apparaît derrière le peu de nuages demeurant dans le ciel.

J’aperçois encore les dernières lueurs du couchant lorsque tout commence, quelques rais de lumière viennent taquiner les premières étoiles. Je ne suis pas certain de ce que je vois, j’en ai tellement rêvé que je reste à attendre avec mon appareil à la main, l’incertitude me laisse bouche bée tel un mouton des champs de coton du Landmannalaugar. Après un temps que je ne saurais mesurer, je n’ai plus de doute, c’en est bien une… une aurore boréale !

Pour la première fois de ma vie, j’ai la chance de voir les fameuses lumières du Nord dont tout le monde a déjà entendu parler. Je commence par rire aux éclats, le plaisir et l’excitation s’en prennent alors à mes yeux et je cours et je saute comme un fou en direction des montagnes coiffées de vert. J’arrive finalement à me calmer et décide de sortir l’artillerie pour immortaliser ce moment. J’ai un sourire jusqu’aux oreilles et entre deux prises de vue je suis incontrôlable, je continue à contempler le ciel tout en bondissant et m’esclaffant. Les rayons de lumière verte parcourent le ciel, ils prennent de la vitesse, viennent flirter avec la voie lactée avant de changer de direction et s’éteindre en feignant une paisible chute.

Je ne m’en suis pas rendu compte mais le vent s’est arrêté de souffler et le jeu de lumière a maintenant trouvé un musicien pour l’accompagner. J’entends au loin une des langues glacières du Vatnajökull qui se craque régulièrement pour libérer, dans un bruit sourd et puissant, des icebergs dans la lagune. De temps à autre, un de ces nouveaux-nés se retourne dans l’eau, soulevant une énorme quantité d’eau amenant, quelques instants plus tard, d’inoffensives vaguelettes clapoter contre mes pieds. Un chien, sans doute inspiré par la lune, vient compléter le tout de ses hurlements distants. L’aurore continue à virevolter au son de la musique de la lagune et se pare maintenant de pourpre. Au même moment, un nuage passe au dessus du volcan, situé à une centaine de kilomètres d’ici, et semble rougir face à la danse qu’on lui propose.

L’aurore se fatigue et moi aussi, je rentre à la tente avec ces dernières lueurs et je ne réalise toujours pas ce que j’ai vécu. Je m’endors seul dans cette immensité, bercé par cette musique et avec toutes ces étoiles dans mes yeux.

One Response to “Carnet de voyage n°1 – Jokulsarlon”

  1. Gastout Bastien

    woawww bien écrit :) super expérience! merci de m’avoir fait rêver une fois de plus avec tes petit récits d’aventure … j,ai adoré le moment de l’aurore boréale, on le vie limite avec toi . super !

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